Partir l’école du bon pied
Prêts pour la maternelle, les petits montréalais?
Rendue publique le 29 février dernier, l’enquête En route pour l’école révèle que 35% des enfants montréalais sont vulnérables au moment crucial de leur entrée à l’école. On parle ici d’un enfant sur trois et dans Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent la proportion atteint même les 40%. Offrons-nous les bons outils à nos tout-petits?
Menée par la Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, l’enquête En route pour l’école dresse un portrait de la maturité scolaire des enfants montréalais, plus précisément de leur degré de préparation lorsqu’ils franchissent le seuil de la maternelle. Le questionnaire ─ un instrument de mesure du développement de la petite enfance qui comprend plus de 100 questions ─ a été rempli avec la collaboration d’enseignants de 200 établissements publiques, en fonction de leurs connaissances et de leurs observations en classe.
Santé physique et bien être, compétence sociale, maturité affective, développement cognitif et langagier, habiletés de communication et connaissances générales; les 10 000 enfants des maternelles de l’île de Montréal ont été évalués selon cinq domaines de maturité scolaire.
Une réalité à proximité
Considérant que l'on qualifie de vulnérable celui dont le niveau de développement se situe en dessous des objectifs pour son âge, et ce dans un ou plusieurs domaines, 35% des petits des maternelles montréalaises risquent de connaître une adaptation scolaire plus difficile. C’est 5087 enfants bien comptés. L’analyse des résultats par territoires de CSSS révèle que ceux de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent, du Sud-Ouest-Verdun et d’Ahuntsic et Montréal-Nord, entre autres, présentent le plus haut taux d’enfants vulnérables, autour de 40%.
Alarmant mais peu surprenant
«Avec des chiffres comme 43% dans Saint-Laurent, si on n'agit pas rapidement et en concertation, le scénario ne va certainement pas s’améliorer dans les prochaines années», réagit en entrevue Daniel Corbeil, directeur général du CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent. «C’est un choc de dire qu’on est dans les plus fortes proportions d’enfants vulnérables. Pour Saint-Laurent, qui est victime du préjugé selon lequel c’est un quartier riche, l’effet de surprise est généralisé. Les gens pensent aux grosses maisons et aux entreprises, mais la richesse côtoie la pauvreté. De notre côté, c’est une réalité de terrain observée quotidiennement», soutient M. Corbeil.
Les caractéristiques propres à l’enfant et à son environnement familial ont une influence considérable sur son éveil scolaire et social. À la lumière des éléments recueillis, les filles obtiennent un score moyen plus élevé que les garçons, les petits dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais affichent des résultats plus faibles dans les domaines de maturité liés à l’apprentissage de la langue et, plus les parents sont scolarisés, meilleures sont les performances des enfants.
Zoom sur les quartiers
«Il est évident que les résultats de l’étude sont étroitement associés au niveau de pauvreté de nos territoires», estime Daniel Corbeil. «C’est pas sorcier, pour comprendre cette situation il faut porter attention à la réalité de quartier. Il importe aussi de considérer l’immigration et l’augmentation accrue du taux de natalité, car le nombre de naissances est passé de 1800 à 2200 l’an dernier», souligne-t-il.
«On remarque qu’il y a beaucoup plus de familles et on espère avoir des budgets en développement qui permettront de combler les places manquantes en garderies. Il faut, par ailleurs, intégrer le programme de prématernelle quatre ans dans les écoles défavorisées, pour permettre aux enfants d’être placés dans un contexte de socialisation et d’apprentissage scolaire avant la maternelle. Les ateliers de stimulation destinés aux 0-3 ans sont aussi à privilégier, car ils favorisent l’intervention précoce et le suivi auprès de l’enfant», poursuit le directeur général.
Agir tôt
S’il y a une conclusion à tirer de l’étude En route pour l’école, c’est la nécessité de soutenir le développement des enfants dès leurs premières années de vie. «Attendu depuis longtemps, ce type d’enquête a pour premier et grand mérite de réaffirmer l’importance de la petite enfance», indique le directeur de santé publique de l’Agence, le Dr Richard Lessard. «De plus, ces données constituent une étape significative sur le plan de la surveillance de l’état de santé en même temps qu’un outil de planification pour tous les partenaires», précise-t-il.
Une responsabilité à partager
L’interprétation des résultats appartient tout autant aux familles de ces territoires, qu’aux intervenants et aux professeurs qui y oeuvrent. Chacun a son rôle à jouer dans le bien-être de nos enfants. «On parle beaucoup du soutien et de l’assistance aux personnes âgées, mais on a tendance à oublier les enfants, alors que c’est la relève, l’avenir de notre territoire», remarque Daniel Corbeil.
«Nous continuons de travailler de concert avec l’ensemble des organisations sur différents projets, de revitalisation notamment, mais il y a encore énormément à réaliser. Cette étude est intéressante et elle peut, espérons-le, contribuer à réveiller les gens et à déboucher sur des solutions concrètes», souhaite le directeur général du CSSS de Bordeaux-Cartierville-Saint-Laurent, qui invite tous les acteurs concernés à évaluer, questionner et ajuster, s’il y a lieu, leur intervention.