On estime à 700 le nombre annuel de naissance dans le quartier. Ce nombre requiert, selon les intervenants communautaires, un plus grand nombre de places en garderie. (Photo: Jacques Pharand)
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Garderie-boom
On estime que 700 enfants sont nés l’année dernière dans Bordeaux-Cartierville, ce qui en fait l’un des berceaux du baby-boom que connaît présentement le Québec. Si cette jeunesse est une grande richesse pour le quartier, elle implique aussi des besoins accrus de places en garderie, besoins qui tardent à être comblés entièrement.
700 naissances par année. En multipliant par les cinq années de l’âge préscolaire, on arrive à 3500 bambins, sans compter les enfants dont les familles ont emménagé dans le quartier après leur naissance. Or, d’après Diane Eng, conseillère politique au bureau de Christine Saint-Pierre chargée du dossier des garderies, il existe 1742 places en garderie, dont 1581 sont à contribution réduite. «Cela inclut les centres de la petite enfance (CPE), les garderies privées et les garderies en milieu familial. C’est 545 places de plus qu’en 2003», souligne Mme Eng.
C’est encore insuffisant pour répondre à la demande, si on en croit les chiffres du ministère de la Famille et des Aînés, qui estime que 70% des besoins de places en garderie à contribution réduite sont comblés sur le territoire de Bordeaux-Cartierville. Pour Lucie Jamison, directrice du CPE Le Château de Grand-Mère, le besoin est évident. «Bordeaux-Cartierville est défavorisé en termes de places. On aurait besoin de nouveaux CPE, et non de garderies, précise-t-elle. Les garderies privées favorisent les gens aisés.»
Diane Eng n’est pas tout à fait de cet avis, soulignant que les crédits d’impôts permettent aux personnes envoyant leurs enfants en garderie privée (de 25$ à 30$ par jour) de payer moins cher (soit près de 12$ versus 7$ par jour en CPE). Il faut cependant pouvoir payer le montant complet avant d’être remboursé, ce qui peut être un défi pour certaines familles, reconnaît-elle.
Bordeaux-Cartierville dispose de 12 garderies et CPE, de cinq haltes-garderies et de 74 services de garde en milieu familial. Mais il faut prendre en considération le fait que certains enfants inscrits proviennent d’autres quartiers, puisque les parents sont libres de choisir une garderie où ils veulent. En outre, certains CPE acceptent en priorité les enfants d’un certain milieu de travail. C’est le cas du CPE Le Château de Grand-Mère, dont la clientèle est à 60% composée d’enfants d’employés du CSSS, et du CPE Trois P’tits Tours, qui dessert l’Hôpital du Sacré-Cœur.
La liste d’attente
Ceux qui ont des enfants ou côtoient des parents le savent: il faut pratiquement s’inscrire sur les listes d’attente des CPE avant le début d’une grossesse pour avoir une place à temps. Pour multiplier leurs chances, les parents multiplient les inscriptions, ce qui empêche d’avoir une idée claire du nombre de personnes en attente. «Il y a 500 noms sur notre liste d’attente, mais elle n’est pas à jour. Parfois, on appelle des gens qui ont trouvé depuis longtemps. Mais on n’arrive jamais au bout de la liste», affirme Mme Jamison.
Pour simplifier la tâche à la fois aux parents et aux responsables des milieux de garde, on a souvent pensé à centraliser la liste d’attente. «Il y a quelques années, on parlait de donner à la CDEC Ahuntsic-Cartierville le mandat de gérer la liste», rapporte Maysoun Faouri, directrice de l’organisme Concertation Femme. «Maintenant, il est question de le donner au gouvernement provincial», ajoute-t-elle.
En attendant que des décisions se prennent à grande échelle, une organisation, Enfance-famille.org, offre aux CPE de payer un montant annuel en échange de la prise en charge de leur liste d’attente. «De plus en plus de CPE y adhèrent. Nous-mêmes, on a calculé que ça sera moins cher de payer plutôt que d’affecter nos employés à la gestion de la liste», relate Mme Jamison.
Sur cette liste, les parents s’inscrivent, indiquant l’âge de leur enfant et le quartier où ils cherchent un service de garde, et reçoivent un appel aussitôt qu’une place correspondant à leurs critères se libère.
Halte-là
Mais il n’y a pas que les garderies et les centres de petite enfance. Les haltes-garderies constituent aussi un service très en demande. Ces services, plutôt que d’avoir des horaires et des groupes fixes, permettent aux parents d’y laisser leurs enfants pour une durée variable, souvent afin de leur permettre de participer à des activités à proximité.
C’est le cas de la halte de Concertation Femme, Le Petit Relais. Les participantes aux activités de l’organisme peuvent y laisser leurs bambins pour une heure, deux heures, toute une journée… «Ce ne sont pas tous les parents qui sont intéressés à travailler à temps plein, mais ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas besoin de dépannage de temps à autre. C’est une formule très flexible», explique Mme Jamison, qui croit d’ailleurs que les places à temps partiels sont un besoin important pour les familles du quartier. «Les parents-étudiants ont besoin de places à temps partiel, de même que les immigrants durant leur insertion sociale», précise-t-elle.
Les haltes-garderies pourraient bien répondre à ce besoin. Mais, pour le ministère de la Famille et des Aînés, elles sont considérées dans une catégorie à part des services de garde. «Il y a des subventions récurrentes pour les haltes-garderies, mais elles ne vont pas aux mêmes haltes chaque année; il y a un roulement», explique Mme Faouri. Cette précarité dans le financement des haltes en fait des ressources elles-mêmes précaires.
La volonté politique
Devant ces impasses, les élus ne restent pas les bras croisés. La conférence régionale des élus de Montréal se penche présentement sur le problème. «Le gouvernement s’est engagé à donner 20 000 places à travers la province d’ici 2012. L’objectif, pour le moment, est de dresser un portrait des besoins de chaque région», indique Mme Eng. Pour ce faire, des intervenants de chaque quartier ont été consultés. Le rapport devrait être rendu public le 31 mars prochain.
L’ajout de 700 places à Montréal a déjà été annoncé cette année. Mais Lucie Jamison est perplexe par rapport à ces chiffres. «En réalité, ce n’est que 24 places qui ont été créées. Le reste, c’est des places déjà existantes en garderies ordinaires qui sont devenues subventionnées. Ça fait baisser les prix, mais ça ne règle pas le problème de manque de places», dit-elle.
La spécificité de Bordeaux-Cartierville, pour Maysoun Faouri, c’est que le baby-boom se double d’un boom d’immigration, qui amène d’autres types de besoins pour les familles. «Si elles ne parviennent pas à trouver de place pour leur enfant, les femmes sont bloquées à la maison pour les cinq premières années de vie de leur enfant. Or, pour les immigrantes, les cours de français et d’intégration gratuits ne sont disponibles que dans les cinq années suivant l’immigration. Pas de place en garderie signifie pour elles un isolement encore plus grand», expose Mme Faouri.
«Le gouvernement a favorisé les congés parentaux, encouragé la procréation, mais n’a pas suivi avec les places en garderie», estime pour sa part Mme Jamison. Il faudra donc faire un pas de plus pour moderniser ce qui se veut une politique nataliste.
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«Bordeaux-Cartierville est défavorisé en terme de places. On aurait besoin de nouveaux CPE.»
- Lucie Jamison, directrice du CPE Le Château de Grand-Mère