Baham Laham tentera de remporter sa septième victoire professionnelle le 29 février, alors qu’il affrontera David Tyson Gomez au Centre Bell.
(Photo: Martin Alarie)
Baha
Récit d’un jeune boxeur d’ici
Baha Laham et Rocky Balboa ont deux choses en commun. La première est qu’ils ont commencé à boxer alors qu’ils n’étaient encore qu’adolescents, la seconde est qu’ils ont une soif de victoire insatiable. Du reste, leur parcours est entièrement différent, car Baha Laham a dû travailler toute sa vie pour gravir les échelons et personne ne lui a jamais offert de passe-droit.
«Un jour, lorsque j’étais en secondaire trois, je suis revenu chez moi avec un œil au beurre noir, mon père m’a alors dit "tu ne sais pas te battre et tu te bas?"… il m’a alors forcé à m’entraîner», raconte Baha. Accompagné de son père, c’est au collège Bois-de-Boulogne que le jeune boxeur a donné ses premiers coups de poing. «Mon père était très sévère, mais il m’a toujours supporté. Il n’a d’ailleurs jamais manqué aucun de mes combats.»
Dès ses débuts en boxe amateur, Baha connaît beaucoup de succès. Rapidement, il devient champion du Québec dans sa catégorie, puis se joint à l’équipe canadienne. Au sein de ce groupe se retrouvent plusieurs autres boxeurs québécois très prometteurs. «À l’époque, presque tous les champions canadiens étaient des Québécois, relate fièrement Baha. Nous étions le "dream team" avec Jean Pascal, Benoît Gaudet, Joachim Alcine…».
L’un des avantages d’être membre de l’équipe canadienne de boxe est la possibilité d’obtenir facilement des bourses destinées aux athlètes amateurs. «Ça complètement changé mon style de vie, indique Baha. Je viens d’une famille assez modeste et soudainement j’avais de l’argent, je boxais pour l’équipe canadienne, j’allais à l’école et je faisais la fête. Tout ça m’a un peu enflé la tête». À un point tel que son entraînement commençait à en souffrir. Puis un jour, toutes ces distractions l’ont rattrapé. «Après ma défaite contre Gaudet, j’ai décidé d’arrêter la boxe.»
C’est ce qu’il fit pendant quelques années, décidant plutôt de se concentrer sur ses études en droit à l’Université du Québec à Montréal. Toutefois, la boxe demeure une passion chez lui, d’autant plus que ses anciens compatriotes de l’équipe canadienne, tels Bute, Alcine et Pascal, ont percé les rangs professionnels et performent très bien. Ainsi, Baha décide de renouer avec le sport, puis entame sa carrière professionnelle.
Après qu’il ait facilement remporté ses trois premiers combats, le groupe InterBox approche le jeune pugiliste pour lui demander de rejoindre leurs rangs. Le 24 avril 2007, Baha Laham est officiellement embauché par l’entreprise d’Éric Lucas. «Avec le succès des boxeurs québécois, c’était le bon moment, explique-t-il. Je vais être plus mûr après ma carrière pour pratiquer le droit. J’ai le potentiel pour les deux disciplines, mais je ne peux pas donner 50% dans les deux».
La vie de boxeur professionnel
Depuis qu’il s’aligne avec InterBox, la carrière de Baha est passée en seconde vitesse. «L’entraînement est plus rigoureux et maintenant j’ai des adversaires avec qui pratiquer. Je sais aussi quand je vais me battre et j’ai plus de visibilité», précise-t-il. L’incertitude que le boxeur d’origine libanaise avait autrefois par rapport à son avenir, à sa situation financière et même à son prochain opposant a entièrement disparue.
Le prochain combat de Baha Laham est prévu pour le 29 février et depuis déjà quelques semaines, son horaire est réglé comme un métronome. Une journée typique ressemble à ceci: réveil à 6h20, début de l’entraînement au centre Claude-Robillard à 7h, course et musculation pendant deux heures et ensuite Baha se dirige au travail. Il retourne au gymnase de 17h30 à 19h30 pour des séances de boxe imaginaire (shadowboxing), de ballon rapide et ballon esquive, de corde à danser, de mitaine avec son entraîneur Pierre Bouchard et plusieurs autres exercices.
De plus, Baha doit perdre 15 livres pour être mesure de combattre dans la catégorie des 130 livres, mais le jeune athlète ne s’inquiète pas. «Ce n’est pas tant un défi, tous les boxeurs sont dans cette situation quelques semaines avant un combat, mentionne-t-il. Il faut bien manger, alors ma diète est assez stricte. Je dois m’assurer de ne pas avoir de gras, que de la masse musculaire».
Une soirée pas comme les autres
Pour Baha, rien au monde n’équivaut à l’excitation qui précède un combat. «Quand je me dirige vers le ring avec ma musique qui joue et que je vois tous les gens dans la salle, c’est incroyable. C’est 20 fois le "thrill" des montagnes russes.» Ensuite, une autre sensation complètement différente le submerge. «Quand la cloche sonne, tu oublies tout. Tu es tellement concentré et sur l’adrénaline que tu ne ressens pas la douleur.» Comment se sent-on lorsque le combat est terminé? «Si tu gagnes, tu ne penses même pas à la douleur. Tu es heureux, tout le monde est heureux et tu veux aller t’amuser.» Et après une défaite? «Je ne sais pas, je n’ai jamais perdu chez les professionnels, mais à ce niveau-là, ça doit faire très mal.»
Baha voit sa carrière à long terme, mais il est conscient qu’il doit concentrer ses énergies sur le moment, un combat à la fois. Il aimerait bientôt obtenir un combat pour le championnat canadien pour ensuite faire face à des adversaires issus des rangs internationaux. «Je suis déjà sur la "map" avec une bonne organisation, alors je suis confiant. De toute façon, si je ne l’étais pas, je ne pourrais pas être dans ce sport», déclare-t-il.
Baha Laham affirme qu’il prend présentement des bouchées doubles pour reprendre le temps qu’il a perdu, alors qu’il s’était temporairement retiré. Toutefois, il est certain qu’il peut y arriver. Sinon, il peut toujours se reposer sur ses connaissances en droit. «J’aime me battre, mais je suis aussi un bon parleur, alors je crois que je ferais un bon avocat», dit-il en riant.
(Photo: Martin Alarie)
(Photo: Martin Alarie)