Emploi et intégration
Le travail en pleine forme?
Au Québec, tout semble aller bien dans le meilleur des mondes. Saint-Laurent ne ferait pas exception, puisque doté de l'un des plus importants secteurs industriels de la province, voire du pays. Le taux de chômage paraît excessivement bas, et les besoins de main-d'œuvre comme de matière grise sont réels. Cependant, les rapports de Statistique Canada ne vont pas toujours en ce sens, surtout en ce qui concerne l'intégration des immigrants.
Car la réalité des chiffres n'est pas forcément la même que celle vécue par des Laurentiens fraîchement estampillés du sceau de l'arrondissement. Certains peuvent peiner à dénicher un emploi, faisant face à des difficultés liées à la reconnaissance de diplômes ou de compétences, des barrières linguistiques, culturelles, etc.
Et si les taux de chômage aux niveaux provincial et national sont exceptionnellement bas, ils sacrifient par la «loi de la moyenne» les bulles sociales au sein desquelles les taux de chômage explosent. La catégorie des immigrants constitue l'une de ces bulles. Le chômage au sein de celle-ci est ainsi particulièrement élevé à Montréal où il atteint les 18%, tandis que la moyenne nationale s'élève à 11,5% pour le même indicateur.
L'arrondissement de Saint-Laurent est fatalement soumis à cette situation, puisque la moitié de sa population est issue de l'immigration.
Les difficultés sont grandes, surtout quand le mécanisme migratoire n'est pas toujours parfaitement huilé.
C'est ce dont témoigne Fadia Younan, coordonnatrice du service emploi au centre d'accueil et de référence sociale (CARI) St-Laurent, qui constate cette réalité quotidiennement: «Souvent, la méconnaissance du marché de l'emploi québécois constitue un frein pour eux. Le bilinguisme est aussi un problème. Au moment de leur immigration, on leur indique qu'une seule langue suffit, alors que le français et l'anglais sont souvent requis par les employeurs.»
De nombreux immigrants sont ainsi contraints d'accepter des emplois qui n'ont aucun lien avec leurs compétences ou domaine de formation originels. «Les emplois typiques dans lesquels ils sont appelés à travailler, sont généralement des centres d'appel, ou dans la vente générale», souligne Mme Younan.
L'antichambre de l'emploi
«Pourtant, il y a une véritable volonté de travail!» fait remarquer Robert Petit, directeur de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Saint-Laurent. «Ces gens sont compétents, et les entreprises gagneraient à les former sur le tas. Cependant, elles ont souvent des besoins très rapides, à combler dans l'immédiat», précise-t-il.
En effet, une antichambre à l'emploi est nécessaire avant que les nouveaux arrivés soient parfaitement fonctionnels, et ce, dans l'immédiat. Cependant, le court terme ne devrait pas être la seule préoccupation des entreprises, qui feraient bien de considérer ce formidable bassin de main-d'œuvre face aux prochaines années.
«Le problème, c'est la relève, évoque M. Petit. La Chambre de commerce tente de sensibiliser en vue de sa préparation et de la formation des employés.» Les investissements, y compris en matière de ressources humaines, doivent être considérés sur le long terme.
«Nos entreprises doivent comprendre ce que signifie l'intégration d'une proportion toujours plus grande de main-d'œuvre immigrante et s'organiser pour le faire efficacement», avait prévenu le maire de Saint-Laurent Alan DeSousa, à l'occasion de son discours annuel à l'intention des gens d'affaires. M. DeSousa évoque même le terme de «gaspillage» à propos de ce flux de main d'œuvre récemment implanté.
Une vue globale
Même s'il n'est pas évident d'évaluer les mouvements imprévisibles et capricieux de cet imposant dinosaure qu'est le marché économique, certains signes peuvent toutefois être décelés; et, globalement, on peut dire que la situation est plutôt au beau fixe. «Les mouvements de création ou de réduction des emplois sont fréquents, analyse Robert Petit, directeur de la CCI. Difficile de dire si ça va bien ou si ça va mal à Saint-Laurent. Mais, vu que l'arrondissement abrite beaucoup de PME, cela assure une relative stabilité en termes d'emploi.»
Même son de cloche du côté de Développement économique Saint-Laurent, qui recense dans ses statistiques d'excellents résultats en matière de création d'emploi dans le secteur manufacturier, du tertiaire moteur et de la distribution (passé de 87 000 en 2004 à 110 000 en 2006).
Les fluctuations économiques existent et la demande influence beaucoup les entreprises de grande taille, qui peuvent soudainement passer de 800 à 110 employés, ou inversement, en fonction des commandes. Les immigrants, qui occupent fréquemment des emplois temporaires, peuvent souffrir de cette instabilité à court terme.
Au total, les efforts déployés doivent impliquer employeurs comme employés immigrants potentiels; les premiers en mettant en place les moyens d'intégration par des politiques internes, les seconds en misant sur l'acculturation et l'adaptation à un nouveau contexte social et linguistique.