Les tricoteuses Annette Charbonneau et Gertrude Paquette font connaissance avec les jumeaux Marius et Mathilde. (Photo: Corinne Laberge)
Tricoter généreusement
Elles sont cinq au total. Cinq dames aux doigts de fée qui se réunissent tous les mardis au Centre d’action bénévole du quartier. On les appelle les Tricoteuses, un cercle de femmes dont la bonté n’a d’égal que le besoin de donner de leur temps et de leur talent.
«Je tricotais seule chez-moi depuis longtemps, lorsque j’ai décidé de partager cette passion avec d’autres, raconte Lucie Boivin. Au départ, c’était rien de formel, ni de structuré. J’ai simplement commencé en faisant du porte à porte pour valoriser le tricot et trouver des bénévoles intéressées à se joindre à moi. Car, quand tu aimes tricoter, tu trouves toujours le temps!», poursuit l’instigatrice du projet dans Bordeaux-Cartierville.
Un réseau tricoté serré
Deux, trois, puis quatre volontaires, elles sont maintenant cinq à se présenter chaque semaine au local du 2005, Victor-Doré. Mais, à l’échelle de la province, elles sont plus d’une centaine. «On a des Tricoteuses partout à Montréal!», se réjouit Marie Guilmette, chargée de projet à l’Assistance maternelle, un organisme communautaire qui, depuis 1912, vient en aide aux mères dans le besoin. «Ces femmes investissent de leur temps et, de notre côté, nous leur fournissons la laine nécessaire à la fabrication de vêtements, qui sont offerts à des mères défavorisées», explique-t-elle.
Une pratique thérapeutique
Bonnets, chaussons, chandails et couvertures, l’Assistance maternelle approvisionne la plupart des CLSC de la métropole et donne, chaque année, autour de 1500 articles faits à la main. «Notre objectif est même passé à 2000 cette année, observe Mme Guilmette. Pour des mères immigrantes, par exemple, le fait de se faire offrir un vêtement tricoté à la naissance de leur enfant porte une signification toute spéciale, car elles n’ont généralement pas de famille ici. Et les Tricoteuses sont tellement contentes de faire ça pour les enfants! Ce sont, pour la plupart, des personnes âgées et ça leur permet de s’occuper, de se sentir utiles vis-à-vis la communauté. Il y a vraiment quelque chose de thérapeutique dans le tricot», estime-t-elle.
Mardi dernier, les Tricoteuses ont eu droit à un rendez-vous hebdomadaire plus coloré qu’à l’habitude, avec la présence de mères du quartier, venues les visiter avec leurs bébés. Les quelques courageuses ont répondu à l’appel, malgré une première neige de l’année qui a compliqué les déplacements dans la matinée. «Je suis rendue à 24 paires de chaussons!», lance Gertrude Paquette, tenant fièrement la petite Mathilde dans ses bras. «Je fais ça à temps perdu, c’est un passe-temps, un vrai désennui, révèle-t-elle. Quand je tricote, je pense à rien et j’oublie mes bobos. Je peux même tricoter la nuit quand je ne m’endors pas!», sourit celle qui a rejoint le cercle il y a trois mois.
Tisser des liens
«Quand on voit les yeux des enfants qui brillent, c’est très valorisant!», raconte Annette Charbonneau, Tricoteuse depuis un an et demi. «Et puis c’est une bonne thérapie, car quand on vient ici le mardi, on rencontre d’autres personnes, on brise l’isolement. C’est stimulant!» Un point de vue partagé par Maria, membre depuis plus d’un an elle aussi. «En plus de se servir de notre savoir-faire pour aider les autres, c’est une activité qui nous permet d’avoir des contacts humains. Plutôt que de tricoter seule à la maison, on se réunit et on crée des liens», confie Mme Roel, qui excelle dans la réalisation de chapeaux et de foulards. Une spécialisation tout à fait à propos pour que les tout-petits passent l’hiver au chaud!
Les Tricoteuses sont en campagne de financement et elles recherchent du matériel, principalement de la laine, pour la confection des vêtements. Infos: Centre d’action bénévole Bordeaux-Cartierville 514 856-3553 ou
www.cabbc.org.