La prévention par les services communautaires est une dimension essentielle de la lutte contre l’abus. C’est l’un des mandats des divers organismes présents au Salon des aînés. (Photo: Maya d’Alarie photo)
Briser le silence
Les consultations publiques sur les conditions de vie des aînés se poursuivent tout l’automne à travers le Québec. Une des problématiques qui en ressort avec force est celle de l’abus fait aux aînés. Bordeaux-Cartierville n’échappe pas à la triste réalité: bon an mal an, plusieurs personnes âgées sont abusées par des gens de leur entourage.
D’après l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraités et préretraités, de 4% à 8% des aînés du Québec sont victimes d’abus. L’imprécision de ces statistiques s’explique par le tabou qui plane sur le phénomène. «Il est difficile de quantifier le problème, car la plupart du temps, les aînés refusent d’admettre qu’ils sont victimes d’abus», explique Voula Papadimitriou, travailleuse sociale pour le programme de soutien à domicile du CLSC de Bordeaux-Cartierville.
Même son de cloche du côté de la police, qui reçoit peu de plaintes d’abus envers des aînés. «C’est rarement rapporté à la police. Les aînés ne veulent pas «déranger» la police pour ça, et si leurs voisins ou leurs proches nous appellent, ils refusent de porter plainte», affirme Véronique Gagnon-Brochu, agente sociocommunautaire du poste 10.
Ce silence de la part des victimes s’explique par le fait que, souvent, les abuseurs sont des aidants, des proches ou des membres de la famille. «La dépendance à l’abuseur est très courante. Certains aînés ressentent une grande honte, et parfois même se sentent responsables de ce qui leur arrive. D’autres viennent tout simplement d’une époque où on ne parlait pas de ses problèmes en public», dit Mme Papadimitriou. Dans certains cas, les victimes ont peur des conséquences de porter plainte. «Ils craignent, s’ils dénoncent leur aidant, que celui-ci ne se venge, ou encore d’être placés», commente-t-elle.
Les types d’abus
Bien que les abus physiques et psychologiques soient des réalités, le type d’abus le plus fréquent est d’ordre financier. «Il s’agit de détournement de fonds ou de biens des personnes âgées. Parfois les abuseurs utilisent une carte de débit sans consentement, ou se servent dans un compte sur lequel ils ont une procuration…» rapporte Mme Papadimitriou.
Parmi les abus physiques figure la violence, mais aussi la négligence, et, dans de rares cas, des abus sexuels. Le chantage émotif est un type d’abus psychologique courant. «Par exemple, l’enfant d’une personne âgée pourrait menacer de ne plus lui permettre de voir ses petits-enfants si elle ne lui donne pas d’argent…» illustre Mme Papadimitriou. Ce qui est important de retenir, selon elle, c’est que les abus surviennent dans tous les milieux socioéconomiques ou culturels.
Intervenir
Tant qu’une personne âgée est apte à décider pour elle-même, tout ce que peuvent faire les intervenants communautaires ou la police, c’est de partager leurs inquiétudes avec la personne abusée, et de l’informer des recours et ressources qui s’offrent à elle. «On ne peut pas porter plainte pour quelqu’un d’autre», explique Mme Papadimitriou.
La sensibilisation et la prévention est la part la plus importante du travail de la police dans ce chapitre. «On va souvent rencontrer les aînés dans les résidences, pour leur expliquer leurs droits et leur montrer que la police est là pour les aider», mentionne l’agent Gagnon-Brochu. Le rôle des policiers, dans la plupart des cas d’abus, est de référer le cas aux partenaires communautaires. «Les aînés veulent éviter de criminaliser leurs aidants, c’est donc au CSSS qu’ils trouvent plus de support» ajoute l’agente.
C’est aussi chez les aidants naturels qu’on intervient. «On donne du support aux aidants pour ne pas que la situation dégénère, pour prévenir les abus potentiels», explique Mme Papadimitriou avant de conclure: «ce n’est pas parce qu’une personne est âgée qu’elle a à endurer l’abus.»