Jean Charest. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz
QUEBEC - Le premier ministre Jean Charest a laissé entrevoir un déclenchement d'élection imminent, lundi, après avoir annulé sa participation à une mission économique en Chine prévue la semaine prochaine.
M. Charest a affirmé que les récentes déclarations des deux partis d'opposition lui laissent croire qu'ils ne sont pas disposés à la coopération, dans un contexte où la crise financière internationale augmente les risques de ralentissement économique.
Selon le premier ministre, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, veut rouvrir la Constitution, tandis que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a réuni ses troupes pour élaborer une stratégie de souveraineté.
M. Charest juge pour sa part que la situation économique change rapidement et qu'elle nécessite une réflexion sur la façon d'aborder l'avenir.
"Forcément quand on est minoritaire, ça veut dire qu'il y a trois paires de mains sur le volant et ce que j'ai vu en fin de semaine, c'est que les deux autres chefs d'opposition ne vont certainement pas dans la même direction que le gouvernement a voulu aller sur la question de l'économie, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Mirabel. L'économie c'est l'enjeu."
M. Charest, qui laisse planer la possibilité d'un déclenchement d'élections depuis le mois dernier, a annoncé lundi que, devant cette situation, il a annulé sa participation à une importante mission économique en Chine prévue depuis plusieurs mois, à laquelle d'autres premiers ministres des provinces prendront part.
"Ce que j'ai entendu en fin de semaine m'amène à vouloir rester chez moi, surtout que nous aurons sur l'économie une mise à jour à faire et que ce sera l'occasion pour nous de faire le point là-dessus, a-t-il dit. Et le contexte est tel que je pense que c'est sage pour moi de rester ici."
M. Charest a indiqué qu'il n'avait pas encore pris la décision d'appeler les électeurs aux urnes mais il a admis que la date du 8 décembre est une "hypothèse".
"Il n'y a pas de décision de prise mais en même temps, je constate que Mme Marois et M. Dumont ont mis pas mal de bûches dans le poêle en fin de semaine", a dit le premier ministre lundi, après avoir annoncé des investissements de 575 millions $ dans le secteur de l'aéronautique.
Lundi, Radio-Canada a rapporté que M. Charest irait voir le lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne le 5 novembre afin de lui demander de dissoudre l'Assemblée nationale, ce qui mènerait à un scrutin un peu plus d'un mois plus tard.
Des sondages ont commencé à indiquer, en août, que les libéraux recueillent un niveau d'intentions qui pourrait les reporter au pouvoir en position majoritaire, advenant une élection.
Depuis septembre, M. Charest a multiplié les signes d'un positionnement pré-électoral, en adoptant notamment un discours plus nationaliste durant la dernière campagne électorale fédérale.
La rentrée parlementaire de la semaine dernière a été fertile en rebondissements, à Québec, où les partis d'opposition ont fait front commun afin d'élire un président de l'Assemblée nationale issu du PQ, ce que les libéraux ont présenté comme une trahison.
Deux jours plus tard, les libéraux ont ensuite accueilli deux transfuges adéquistes, qui n'ont pas été tendres avec leur ancien parti.
Mais il semble que M. Charest a trouvé les munitions qu'il attendait grâce aux déclarations de ses adversaires, qui ont tous deux participé à des rassemblements politiques durant la fin de semaine.
Lundi, M. Charest a affirmé que ni M. Dumont ni Mme Marois n'avaient proposé de solution pour l'économie, au terme de leurs réunions respectives, se préoccupant davantage de constitution et de souveraineté.
"J'ai clairement senti qu'ils n'étaient pas en mode de coopération", a-t-il dit.
M. Charest s'en est pris particulièrement au PQ, rappelant les propos du député péquiste Sylvain Simard qui, dimanche, a affirmé que les péquistes étaient prêts à renverser le gouvernement si M. Charest continue à "ne pas agir" face au ralentissement économique appréhendé.
"Je pense que c'est clair", a affirmé M. Charest.
Le premier ministre a affirmé que malgré son absence de la délégation des premiers ministres provinciaux en Chine, lors de leur mission du 2 au 8 novembre, le gouvernement du Québec sera quand même représenté "au plus haut niveau". Selon le réseau TVA, c'est Pierre Marc Johnson qui remplacera M. Charest à la tête de la délégation québécoise.
D'autre part, le député de Mont-Royal et adjoint parlementaire à la ministre des Finances, Pierre Arcand, a commenté, lundi, les rumeurs d'élection en précisant que la décision est celle du premier ministre.
"C'est une décision qui sera difficile à prendre de la part du premier ministre, mais je pense qu'il devrait nous fixer là-dessus assez rapidement, a dit M. Arcand en marge d'une conférence de presse sur sécurité de l'information à Montréal. Je suis un excellent soldat, je suis prêt n'importe quand."
La dernière élection provinciale remonte à mars 2007, les électeurs avaient reporté les libéraux au pouvoir, mais en position minoritaire.
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