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Courrier Bordeaux-Cartierville
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Un point de vue à contre-courant

Commission Bouchard-Taylor

Article mis en ligne le 7 décembre 2007 à 12:28
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Un point de vue à contre-courant
Aïda Baghjajian a envoyé un mémoire aux commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor contre les accommodements raisonnables. (Photo: Éric Carrière)
Un point de vue à contre-courant
Commission Bouchard-Taylor
«Il nous est facile de tracer ici une piste pour nos gouvernants en matière d’accommodements en vous rappelant une phrase célèbre du dirigeant turc Mustapha Kemal Atatürk. “L’homme qui a besoin de la religion pour gouverner est un lâche”». Cette phrase tirée du mémoire présenté à la Commission Bouchard-Taylor par la municipalité d’Hérouxville, l’Arménienne d’origine Aïda Baghjajian ne la digère pas. La résidante d’Ahuntsic-Cartierville a d’ailleurs pris position via un mémoire présenté la semaine dernière à la Commission.
«Je suis abasourdie que l’on cite en exemple la Turquie sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles, la Turquie qui a commis un génocide [arménien] pour nettoyage ethnique», annonce-t-elle tout de go.

Ce qu’Hérouxville soutient comme discours, Mme Baghjajian ne le renie pas complètement. «Ce qu’ils disent est très important, ils ont été les premiers à parler de ce qui les dérangeait, mais moi je dis non à la laïcité et non à la reconnaissance d’Atatürk», explique-t-elle lors d’un entretien téléphonique, rappelant au passage que le gouvernement québécois a reconnu le génocide arménien.

Pour celle qui habite Ahuntsic-Cartierville (où 7% de la population est d’origine arménienne) depuis environ trois décennies, Hérouxville pourrait entraîner le Québec sur une pente dangereuse, par leur «intégrisme laïque.» «Je veux des sapins, je veux des croix dans les hôpitaux, pour que les gens sachent qu’ils sont dans un milieu où il y a des racines», déclare-elle, avant d’ajouter qu’il faut «manquer de jugement pour proposer au gouvernement du Québec de suivre le chemin d’Atatürk.»
Non aux accommodements raisonnables
Pour Mme Baghjajian, les accommodements sont, de manière générale, bidons. Elle en fait d’ailleurs état dans un mémoire qu’elle a envoyé aux commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor le 16 octobre dernier.
Bidons? «Oui, parce qu’on dit qu’on donne trop aux immigrants, alors que c’est souvent faux, on leur donne rien! Et on parle de franciser les nouveaux arrivants alors que bon nombre d’entre eux parlent déjà la langue et n’arrivent même pas à trouver du travail», cite-t-elle en exemple.

Pour garantir le succès de l’intégration des immigrants et assurer la «survie» du peuple québécois, l’ancienne vice-présidente de l’Association progressiste conservateur d’Ahuntsic de 1989 à 1993 et survivante du cancer a plusieurs idées en tête.

Mme Baghjajian veut qu’une agence de bénévolat soit créée par le gouvernement pour offrir des cours individuels ou pour de petits groupes. «Nous disons aux nouveaux arrivants, surtout à ceux qu’on envoie en région qu’il n’y a pas de cours de français pour débutant, que le nombre d’élèves n’est pas suffisant pour former une classe. On brime l’immigrant dans ses droits pour une intégration convenable», édicte-t-elle dans son mémoire.

La citoyenne est de celles qui croient que de la bonne volonté peut résoudre bien des choses, et qu’il n’y a pas que l’argent comme solution.

Mme Baghjajian souligne aussi la nécessité de voter une loi pour que les cours de langues aux immigrants soient intouchables, comme ils ont subi des régimes minceur au cours des années précédentes.

De plus, elle souhaite qu’une charte des droits de la société soit créée et ait préséance sur celle des droits et libertés. «Il faut que cette charte garantisse l’identité judéo-chrétienne et montre que les droits de la société passent avant les droits individuels», souligne-t-elle, justifiant du même coup le fait qu’elle soit contre le port du kirpan ou de la burka dans les écoles. Toujours selon son mémoire, les immigrants ne devraient porter aucun signe discriminatoire. Leur religion se pratiquera dans l’intimité de leur domicile ou dans leur lieu de culte. «Et le laïcisme se fera également dans l’intimité», souligne-t-elle à gros traits.

Ensuite, Aïda Baghjajian désire que l’immigrant soit soumis à l’apprentissage des valeurs judéo-chrétiennes, par un petit livre préparé par le gouvernement et expliquant l’histoire et la religion du Québec et du Canada, soit «le catholicisme et le protestantisme». Les enfants eux devraient être soumis à des cours sur les valeurs chrétiennes, ceci sous-tendant que les cours de religion soient réinstaurés dans les commissions scolaires. «C’est pour mieux comprendre, pas pour les assimiler, assure-t-elle. Moi-même j’ai vécu au Liban et en Égypte, des pays arabes où la religion chrétienne est enseignée, même aux enfants musulmans.»

Mme Baghjajian, sans remettre en cause l’utilité de la Commission Bouchard-Taylor, croit qu’une autre commission serait nécessaire pour déterminer si les Québécois veulent vraiment d’un état laïque ou non.

«Il faut se parler calmement, sans attaquer les autres», conclut-elle.

Encore bien impliquée, l’Ahuntsicoise prépare présentement un livre sur nombre de ses écrits et où elle dévoilera sa double identité. En effet, il appert où toutes les fois qu'elle a signé ses lettres ouvertes de son vrai nom, elle n’a pas été publiée dans les médias. Mais lorsqu’elle utilise un pseudonyme bien québécois, ses textes ont été mis en page. C’est à suivre…!

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