Parlons chiffres
Une belle Babel
Avec respectivement 44% et 48,5% d’immigrants, Bordeaux-Cartierville et Saint-Laurent sont parmi les quartiers les plus multiculturels sur l’île de Montréal. Cette diversité se voit, se goûte, et surtout, s’entend, dans la multitude de langues qu’on y parle. Mais, contrairement aux hommes de l’époque de Babel, ici, on arrive à se comprendre.
Pour la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Marie-Andrée Beaudoin, la diversité qui caractérise ce territoire équivaut à une grande richesse. «Dans nos campagnes de promotion de Cartierville, le multiculturalisme est une des choses sur lesquelles on se fie pour attirer les gens; c’est une valeur ajoutée au quartier», dit-elle.
À Saint-Laurent, le maire Alan DeSousa croit que cette diversité linguistique donne l’opportunité à la population de davantage prendre connaissance des autres cultures. «Lorsque les gens entendent des langues étrangères, ça les incite à en apprendre plus sur les différentes cultures, à faire des voyages et même à apprendre d’autres langues.»
La langue de Molière à Bordeaux-Cartierville
On considère la période d’entre 1996 et 2001 comme étant la vague d’immigration la plus importante à Bordeaux-Cartierville. La plupart de ces nouveaux résidants arrivaient d’Haïti, d’Algérie, du Maroc ou du Congo; ils parlaient donc français, ce qui explique en partie la persistance de la langue française dans l’arrondissement.
Ainsi, en 2001, 57% de la population avait le français pour langue maternelle et 89% parlait français couramment. Après le français, les trois langues les plus parlées sont l’arabe (8%), l’italien (7%) et l’anglais (5%). L’italien est l’héritage d’une vague d’immigration plus ancienne, dans laquelle s’inscrit aussi une bonne partie des communautés libanaise et haïtienne, d’où une présence importante du créole.
Les autres langues couramment parlées dans Bordeaux-Cartierville sont le grec, l’espagnol, l’arménien, le chinois, le tamoul et l’ourdou. Ces deux dernières sont l’apport de la communauté indo-pakistanaise, dont les membres sont arrivés massivement au cours des dernières années.
Concrètement, ces chiffes signifient qu’une bonne proportion de ces locuteurs maîtrisent deux, souvent trois ou même quatre langues, surtout chez la jeune génération qui parle sa langue d’origine à la maison, va a l’école en français et y apprend l’anglais, quand elle ne le parle déjà pas avec ses proches.
Une langue maternelle non officielle pour les Laurentiens
Entre 2001 et 2006, Saint-Laurent est l’arrondissement montréalais ayant connu la plus forte hausse de population, soit 9,6% d’augmentation. Celle-ci est principalement due à l’arrivée de nombreux immigrants. Mais déjà en 2001, près de la moitié des Laurentiens avaient comme langue maternelle une langue autre que le français ou l’anglais. Si l’on se fie à la tendance, cette proportion a probablement augmenté depuis. Cela pourra d’ailleurs être vérifié dans quelques mois, lorsque les statistiques par arrondissement pour l’année 2006 seront disponibles.
En 2001, 12,6% de la population avait l’arabe comme langue maternelle, alors que le chinois comptait pour 4,9% et le grec 4,5%. Les autres langues maternelles assez répandues à Saint-Laurent sont le vietnamien, l’arménien et l’italien.
Une distinction peut toutefois être observée lorsqu’on consulte les statistiques concernant la langue parlée à la maison. On constate alors que le français se démarque avec 41 % de la population qui dit l’utiliser dans son quotidien. De plus, près de 29 % des gens font plutôt usage de l’anglais, ce qui fait en sorte qu’un peu plus de 70% de la population discute à la maison dans l’une des deux langues officielles. L’arabe est la langue de tous les jours pour 6,1% des Laurentiens, tandis que le Chinois compte pour un peu moins de 5%.
Des défis pour une communauté
Malgré les défis apparents que présente une population aussi diversifiée en termes d’intégration, la mairesse Beaudoin se réjouit de voir que la bonne entente règne. «Ce qui est merveilleux, c’est qu’avec une population presque à moitié immigrante, il n’y a pas de tensions.»
De plus, la communication est généralement aisée dans Bordeaux-Cartierville et à Saint-Laurent, puisque seulement 4% de la population ne parle aucune des deux langues officielles. Pour ces personnes, en plus de cours de langues offerts par divers organismes (le CACI, le CARI St-Laurent, la Maison des parents et Concertation femmes, entre autres), certains services communautaires sont offerts dans leurs langues. «Il s’agit d’une juridiction provinciale lorsqu’ils font venir des immigrants, les gens qui arrivent ici se doivent de parler français ou du moins l’apprendre», mentionne Maurice Cohen, conseiller municipal à Saint-Laurent.
En attendant, on a suffisamment d’imagination pour se comprendre. «Les gens du service des incendies, lorsqu’il font de la prévention auprès d’allophones, utilisent des pictogrammes pour communiquer avec eux», cite Mme Beaudoin.
Son souhait le plus cher quant aux immigrants qui habitent Bordeaux-Cartierville: les voir rester. «Beaucoup de gens partent vers la banlieue après quelques années. On veut développer chez eux un sentiment d’appartenance au quartier pour les garder», déclare la mairesse.
M. DeSousa considère pour sa part que l’augmentation constante de la population laurentienne est un bon indicateur de la satisfaction des résidents. «Les gens qui vivent chez nous apprécient la diversité et la qualité de vie offerte, indique-t-il. Ils sont confortables et bénéficient des avantages de la ville, c’est pour ces raisons qu’ils viennent ici et y restent».
Graphique 1 (la partie en français)