Jeannine et Robert Laurin ont passé presque toute leur vie dans Bordeaux-Cartierville, où ils ont élevé cinq enfants, où le docteur Laurin a soigné des milliers de personnes, et où, aujourd’hui, ils continuent de donner leur temps à la communauté. (Photo: Maya d’Alarie Photo)
L’âge d’or, l’âge de fer
Entrevue avec Jeannine et Robert Laurin
Depuis plus de 50 ans, Robert et Jeannine Laurin habitent Bordeaux-Cartierville, y travaillent et s’impliquent dans la communauté. Ils étaient donc tout indiqués pour assumer la présidence d’honneur du premier Salon des aînés, qu’ils représentent si bien.
Courrier Bordeaux-Cartierville: Mme Laurin, dans votre discours au Salon, vous avez dit: «Les personnes âgées doivent arrêter de penser qu’elles doivent justifier leur existence en ce monde». Qu’est-ce que vous entendiez par là?
Jeannine Laurin: Les aînés sont d’une génération où on a toujours dit qu’il fallait être utile. Quand on arrive à l’âge d’or, ou plutôt l’âge de fer (parce qu’on rouille!), on ne l’est plus. Mais ça ne veut pas dire qu’on n’a plus le droit d’être là ! On prend soin d’édifices vieux de mille ans, des plantes, des animaux qui ne sont pas utiles, alors aucun être humain ne devrait sentir qu’il doit justifier son existence.
CBC: Pensez-vous que la société ne prend pas assez bien soin de ses aînés?
J.L.: C’est difficile à dire. On culpabilise beaucoup les jeunes de ne pas prendre leurs parents chez eux, mais ce n’est pas évident. Les gens travaillent, aujourd’hui, et les conflits de générations sont inévitables. On idéalise beaucoup l’époque où les aînés restaient avec leur famille, mais en fait, il y en avait peu, parce que les gens mouraient plus jeunes.
Robert Laurin: Les problèmes des aînés sont très disparates. Moi je suis satisfait de mon sort, d’autres le sont moins. La question c’est: est-ce qu’on réagit bien quand survient une difficulté, comme ce qui s’est passé cette semaine aux Résidences Tournesol? Est-ce qu’on réagit trop tard, ou équitablement? Il manque d’organismes pour répondre aux besoins spécifiques des personnes âgées.
CBC: Que pensez-vous des résidences pour personnes âgées?
J.L. : Je n’ai rien contre, mais il y a tout de même place pour de l’amélioration. On pourrait offrir plus d’activités pour que les gens s’y accomplissent, des cours, du théâtre, du chant… On a jamais fini d’apprendre, peu importe l’âge, et il faut encourager ça. Ce serait aussi une bonne chose de faire en sorte que les générations se côtoient plus dans les voisinages.
CBC: Vous êtes tous les deux très impliqué socialement; comment avez-vous commencé votre engagement?
J.L.: Ça l’a commencé très jeune, pour nous deux je crois. Moi, je me souviens que dès la petite école, j’étais poussée à aider mes camarades. De plus, j’ai vu des gens dans mon entourage qui souffraient beaucoup de la pauvreté.
R.L.: Pour moi, c’est au collège Saint-Laurent. Je m’impliquais dans l’organisation de la fête de Saint-Thomas. C’est là qu’on s’est rencontrés!
CBC: Comment perceviez-vous les personnes âgées à cette époque?
R.L.: Je les trouvais vieux! Ils étaient embarrassants, je voulais les débarquer pour prendre leur place. Et c’est correct, c’est comme ça que les jeunes font leur place. Moi j’ai bâti mon monde, les jeunes vont bâtir le leur.
CBC: Que pensez-vous des jeunes aujourd’hui?
R.L.: Je trouve que la génération qui nous suit, les jeunes retraités, s’impliquent moins socialement. On a pas été élevés de la même façon, on n’a pas la même conception du partage. Aujourd’hui, les gens pensent qu’ils n’ont que des droits et pas d’obligation.
J.L.: Moi je les trouve très corrects, les jeunes. Je regrette seulement qu’il y ait si peu de contacts entre les jeunes et les aînés, parce quand on se parle, on se rend compte que nos problèmes se ressemblent. De plus, pour les petits-enfants, c’est essentiel de connaître leurs grands-parents pour forger leur identité. C’est comme ça qu’on comprend d’où on vient et qui on est.