Les deux arénas d’Ahuntsic-Cartierville sont désormais dépourvus d’employés d’entretien permanents, une situation que dénonce le directeur syndical des cols bleus de la région nord. (Photo: Jacques Pharand)
Trop de cadres au goût des syndicats
Cols blancs comme cols bleus, les représentants syndicaux s’inquiètent devant ce qu’ils considèrent comme une tendance grandissante à Ahuntsic-Cartierville: la multiplication des postes de cadres au détriment des postes syndiqués. Pour l’arrondissement, il s’agit plutôt d’une question de restructuration et d’amélioration de l’efficacité.
À la Direction de la culture, des sports, des loisirs et du développement social d’Ahuntsic-Cartierville, on compte un directeur, trois chefs de division, deux chefs de sections et deux régisseurs. Ces salaires associés à ces postes vont de 45 836$ à 112 750$.
«Maintenir une structure patronale aussi élevée, c’est rire du monde!» affirme Martin Forest, directeur syndical des cols bleus de la région nord. Selon lui, la Ville de Montréal au complet était gérée par environ le même nombre de cadres avant les défusions. «Pour une administration qui disait vouloir rationner les postes, c’est surprenant. Jusqu’ici, ils coupent surtout des postes de cols bleus», poursuit M. Forest.
Il cite en exemple de récentes coupures de postes aux arénas de l’arrondissement, où les opérateurs de zamboni se retrouvent désormais avec des tâches d’entretien. D’après M. Forest, ces employés n’arrivent pas à tout faire, certaines tâches entrant en conflit, d’autres ne pouvant être effectuées en présence de spectateurs. «C’est plus sale et ça fait de mauvaises glaces; c’est le citoyen qui en pâtit», résume-t-il.
Même son de cloche du côté du Syndicat des professionnelles et professionnels municipaux de Montréal (SPPMM) qui représentent entre autres les bibliothécaires de la Ville. Celles-ci sont au nombre de quatre (dont deux à temps partiel) à Ahuntsic-Cartierville. Or, on a récemment créé deux postes de chefs de sections pour superviser leur travail, et assumer des tâches de gestion.
Mais la ligne est floue entre gestion et coordination, et, d’après Gisèle Jolin, présidente du SPPMM, certaines tâches qui devraient revenir aux bibliothécaires sont présentement assumées par les chefs de section. «Au syndicat, on voit ça comme une manière d’enlever des responsabilités aux syndiqués, donc de contourner la convention collective», déclare-t-elle.
Elle dénonce aussi la lourdeur de la structure patronale par rapport au nombre d’employés, considérant que les nouveaux postes de cadres ne profitent pas aux citoyens. «C’est en augmentant le nombre d’heures de travail des bibliothécaires qu’on ferait profiter la clientèle. Présentement, les chefs repassent derrière elles, on dédouble les tâches; ce n’est pas plus efficace», croit Mme Jolin.
Un processus en cours
À l’arrondissement, on voit les choses d’un autre œil. La réaffectation des employés d’entretien des arénas a été motivée par une volonté de maximiser le temps de travail explique Marie-Élaine Ladouceur, porte-parole de l’arrondissement. «L’opérateur de la surfaceuse n’est pas occupé tout le temps; il nous semblait donc logique de lui donner d’autres tâches. C’est tout-à-fait possible pour lui d’accomplir ce qu’on lui demande, sinon on n’aurait pas pris cette décision», affirme-t-elle.
En ce qui touche les bibliothèques, on conteste l’idée que les cadres font le travail des bibliothécaires. «Les heures d’ouverture des bibliothèques passent dès septembre de 47 à 53 heures par semaine, pour un total de sept et non plus six jours/semaine. Les deux postes ont été créés pour alléger la tâches des bibliothécaires», affirme Karine Tougas, porte-parole de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Ainsi, selon elle, les chefs de section s’occupent surtout de gérer le personnel et de mener des dossiers plus larges.
Quant à la prolifération des postes de cadres, Marie-Élaine Ladouceur affirme que les choses pourraient encore bouger. «On revoit nos façons de faire depuis un an et demi. La restructuration est commencée, mais elle n’est pas terminée; ça peut encore bouger. Ce qu’on vise avant tout, c’est l’efficacité», dit-elle.
Mais pour M. Forest, la logique voudrait de couper d’abord dans les postes les plus couteux, soit ceux de cadres. Le chef syndical a l’intention de continuer à dénoncer la situation sans user d’autres moyens de pression, à moins que la situation ne s’envenime. «C’est sûr que si mes employés commencent à recevoir des avis d’infractions parce qu’ils n’arrivent pas à bout de leur tâche, je ne resterai pas les bras croisés», déclare-t-il.
Au SPPMM, on a choisi d’y aller avec un grief qui a été référé en arbitrage en juin dernier. «On a déposé un grief contre la Ville de Montréal parce qu’on considère que c’est un viol de la convention collective que des cadres assument des tâches qui reviennent aux professionnels», explique la présidente du syndicat.
Si les représentants de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville disent ne pas être concernés par ce grief, les syndicats, eux, continuent de dénoncer ce qu’ils qualifient d’aberrations.
«Maintenir une structure patronale aussi élevée, c’est rire du monde!»
- Martin Forest, directeur syndical