Les textes de Clermont ont enchanté le public de la Zone occupée, dimanche après-midi. (Photo: Courtoisie)
Le blues chez les bleus
Dimanche après-midi, il fait, avec l’humidité, près de quarante degrés à l’ombre de la Tente Acoustique du Festiblues, le climat idéal pour apprécier le blues entêtant du duo Mountain Men. La plainte de l’harmonica et les lourds accords de la guitare-slide remplissent la touffeur de l’air. Soudain, un rythme stroboscopique et des chants caverneux retentissent, perçant le calme du spectacle; il s’agit de Latema, un groupe de musique métal, se produisant quelque 300 mètres plus loin, sur la scène jeunesse, devant un public considérablement plus vaste que celui de Mountain Men.
Si les jeunes font du bruit au Festiblues, c’est voulu. Leur présence lors de l’événement est d’une importance capitale aux yeux des organisateurs. L’intégration des jeunes, tant comme artistes que comme employés, fait partie des objectifs du festival depuis longtemps.
Ainsi, en plus d’employer des jeunes de trente ans et moins comme animateurs et coordonnateurs durant l’événement, le concours de la Relève en blues permet aux musiciens émergents de se faire entendre. Cette année, les finalistes Emmanuelle Julien, Milan Boronell, Old Fashion Morphine Blues Band et Clio & The Blueshighway ont pu se faire connaître tout au long du festival. Enfin, des dons récoltés durant le festival sont versés à la Fondation-jeunesse Ahuntsic-Cartierville.
Du blues est né le rock
Les adolescents prennent aussi plus de place dans la programmation. La Zone occupée, réservée aux adolescents, s’est ajoutée aux activités jeunesse en place les années précédentes. Sur la scène de la Zone, on n’entend pas de blues, mais du hip hop et du rock, joués par des musiciens en herbe ou par les groupes fétiches des adolescents, dont Duke Squad et Silent Soul. «On voulait donner du temps de scène aux groupes émergents. Ils ont tous joué comme s’ils avaient des milliers de personnes devant eux, c’était magnifique», rapporte Lorraine Marleau, responsable des Zones jeunesse.
La présence d’une programmation adolescente complètement différente à celle des scènes blues ajoute selon elle de la diversité culturelle à l’événement. Si les ados ne semblent pas s’être massivement convertis au blues, l’inverse n’est pas vrai. «On a vu dans la Zone jeunesse beaucoup d’adultes participer aux ateliers, assister aux spectacles et embarquer beaucoup plus que ce à quoi on s’attendait», relate Mme Marleau.
Silent Soul
Dimanche après-midi, en attendant de monter sur scène une seconde fois, les membres du groupe rock Silent Soul n’avaient que de bons mots pour décrire leur expérience au Festiblues. «C’était l’fun samedi soir, il faisait très chaud, il y avait beaucoup de fans! Ça nous a aussi permis de rejoindre un public plus large que d’habitude, plus d’adultes…» raconte Patrick Richard, chanteur et guitariste du groupe.
Le groupe a été invité sur la scène de la Zone occupée en raison de sa grande popularité auprès des adolescents, popularité que Pat explique par sa familiarité avec le public. «J’ai enseigné pendant des années à des jeunes. Ce sont leurs histoires, leurs expériences et leurs confidences qui m’inspirent quand j’écris. Ils sont à un âge que j’aime, ils ont une belle énergie et c’est pour ça que j’écris pour eux», explique-t-il.
Cette complicité avec leur public se traduit également dans la cause que Silent Soul a décidé d’épouser: le service de consultation téléphonique Jeunesse J’écoute. La mission de l’organisme est selon eux cruciale. «On a tous passé par des phases difficiles durant notre jeunesse. Des fois ça fait du bien de parler à quelqu’un qui est extérieur à notre situation. C’est jamais idiot de vouloir parler de ses problèmes, et il y a toujours une solution», déclare Sam, guitariste du groupe.
Des ateliers pour tous
Presqu’autant que les spectacles, les ateliers de création culturelle et artistique ont connu un succès énorme. Pris d’assauts par les camps de jours jeudi et vendredi, ils ont attiré les familles durant la fin de semaine. «L’atelier de gumboot a atteint des sommets, celui de breakdance a également attiré beaucoup d’enfants, plus jeunes que ce à quoi on s’attendait. Et l’atelier de cirque est toujours plein à craquer…» relate Lorraine Marleau.
Pour le responsable de l’atelier de bande-dessiné, Léon Leclerc, c’est une expérience unique. Lui et ses comparses bédéistes font les portraits du public, chacun selon son style. «Ça nous permet d’entrer en contact directement avec le public et de tester nos dessins, notre humour...» commente-t-il. À quelques mètres sous la même tente, des graffiteurs partagent leur savoir-faire avec des plus jeunes. «Le graffiti est intéressant parce que c’est une technique de dessin dont la base est simple, donc tout le monde peut l’essayer et réussir facilement», explique M. Leclerc.
Les autres ateliers, que ce soit le beat box, le cheerleading, l’improvisation, le théâtre, l’écriture, ont permis au public de s’initier à de nouvelles formes d’expression, et aux jeunes animateurs de partager leur passion.
Vu le succès de l’événement cette année, il y a fort à parier que l’an prochain aussi, les amateurs de blues devront partager le parc Ahuntsic et leur temps avec une zone très animée, bruyante et fière de l’être.