L’écrivain Dany Laferrière habite à Bordeaux-Cartierville depuis trois ans et demi. (Photo: Eleanor Le Gresley)
Réfléchir en retrait, parler en avant
Entrevue avec l’écrivain Dany Laferrière
Grand voyageur, Dany Laferrière a élu domicile à Bordeaux-Cartierville il y a trois ans et demi. Le quartier lui apporte le calme et la paix que l’on se met à rechercher avec l’âge, précise-t-il en riant. Cette quiétude est également nécessaire à son travail, qui consiste à penser et à écrire le monde, «en prenant le temps de faire les nuances qu’il faut»…
Ce qui a charmé Dany Laferrière lors de sa première visite dans le quartier, ce sont les espaces verts. «Je me souviens être venu pour la première fois et avoir eu le plaisir de voir des zones boisées, des parcs. J’étais heureux de n’être plus dans le grand mouvement de Montréal, tout en restant très proche», raconte-t-il.
Ce désir de se sortir du tumulte du centre-ville lui vient entre autres de son enfance passée dans un village, explique-t-il. «Mon tempérament me pousse à rechercher l’esprit de village dans lequel j’ai grandi.»
Et il l’a trouvé, petit à petit. «C’est très lent d’établir une vie de quartier, mais c’est intéressant», déclare l’auteur, qui dit avoir trouvé ses repères dans le quartier: la librairie Monet, la bibliothèque, le Café de la Presse, le nettoyeur… «C’est important pour moi de ne pas être dans l’anonymat total avec les services, sinon on a l’impression que tout et tous sont interchangeables», explique-t-il.
Anonyme, il ne l’est certainement pas. Au cours de notre rencontre, quelques personnes le saluent dans le café, dont un homme qui lui apprend qu’il est le petit-fils d’un habitant Petit-Goâve que M. Laferrière a bien connu et dont il a fait un personnage de ses livres.
Trouve-t-il des parallèles entre le pays qui l’a vu naître et son quartier actuel? «Eh bien, dès qu’il y a des gens et des maisons, il y a des similitudes, s’exclame l’auteur. Je crois que les tempéraments des gens qui vivent dans des zones un peu plus retirées des grandes villes se ressemblent beaucoup: ils tiennent à avoir une relation entre eux, alors que dans les centres-villes, ils cherchent davantage à se perdre dans la foule», ajoute-t-il.
Tous ces traits qui distinguent Bordeaux-Cartierville sont ce qui permet à Dany Laferrière non seulement d’y vivre, mais d’y écrire. «Ce qui différencie ce quartier-ci des autres, pour moi, c’est un sentiment, celui d’un calme et d’une intimité qui me permettent de travailler», explique-t-il.
Des conditions qui seront vraisemblablement cruciales pour M. Laferrière cet été, un été très chargé. L’écriture, ou plutôt la réécriture d’un roman occupe déjà une bonne partie de son temps.
«J’ai déjà eu une voisine qui tricotait puis détricotait le même chandail, pour le simple plaisir de pratiquer le tricot. Je m’inspire de sa démarche dans mon projet d’écriture», explique l’écrivain.
Il est également très pris par son rôle de parrain des Bouquinistes, qui vendent tout l’été leurs livres en plein air. «Ce projet sert à montrer que le livre existe en été, et qu’on peut lire ce qu’on veut, pas seulement ce que les tenants des lectures d’été recommandent, soit des best-sellers et livres légers. C’est un bon pas vers la démocratisation de la lecture», estime-t-il. Les Bouquinistes seront dans le Vieux-Port de Montréal jusqu’à la mi-juillet, pour ensuite passer à Québec, puis revenir à Laval vers l’Action de grâce.
Dans le même ordre d’idée, sa chronique à l’émission de radio C’est bien meilleur le matin, deux fois par semaine, se veut à contre-courant des propos légers que l’on doit soi-disant tenir en été. «Il n’y a pas de saison pour penser, pour parler de choses sérieuses», croit M. Laferrière.
En effet, pour certains, c’est toute une vie qui est consacrée à l’infatigable réflexion et à la recherche des bons mots pour parler de «l’aventure humaine».